Publié par : pintejp | juillet 13, 2015

A quoi rêvent les jihadistes ? Comprendre l’efficacité de leur propagande ?

Les études sur le jihadisme et la radicalisation se succèdent. Certaines sont assez prévisibles comme celle du député Pietrasanta, typique de la tendance à individualiser ou à « psycho/sociologiser » le jihadisme. Notamment autour de l’argument  » La question religieuse est en réalité peu présente dans la radicalisation » : il ne s’agirait pas d’une « véritable » conversion, mais d’un alibi pour une rage, une frustration. Frustration suscitée elle-même par le rejet social dont souffrent les futurs mouhadjidienes. La superficialité de leurs connaissances théologiques prouverait que les candidats sont davantage motivés par une quête identitaire ou par de troubles personnels. Comme si c’était inconciliable et comme s’il existait de la croyance provoquée par un message et qui serait détachée de toute histoire individuelle. Comme s’il y avait un domaine de la religion ou de l’idéologie « pure » relevant de la pensée et où n’agissent que des idées face à un domaine de l’illusion où les sujets sont agis par des déterminants matériels qui rencontrent des idéalités.
Le problème de ce genre d’explications est que, partant d’un postulat connu depuis quelques siècles (nos engagements ne sont que le masque de nos passions), elle n’explique rien de la forme spécifique que prend ledit engagement. A ce compte, le tueur de Charlotteville n’a rien à voir avec le racisme (un frustré qui n’avait jamais étudié l’anthropologie) et le conflit ukrainien rien à voir avec le nationalisme. C’est confondre les motivations d’un individu qui, ô surprise, sont effectivement individuelles, avec la forme communautaire que se donne une force historique. Le jihadisme est bien religieux en ceci qu’il relie. La force de la norme, la nature du projet historique qu’il porte ne se réduisent pas à une dimension d’errance psychologique rencontrant un discours sectaire.
Pour notre part, nous aurions tendance à croire que les politiques de déradicalisation (prônées notamment par le rapport, mais aussi de plus en plus répandues en Europe) sont d’autant plus efficaces qu’à côté du soutien qu’elles promettent aux sujets ainsi traités (accompagnement, individualisation, analyse, etc) ou de l’action de réinsertion, par ailleurs fort louable, elles font intervenir des figures d’autorité religieuse (idéalement combinées à des témoignages de repentis) qui font appel à l’interdit. Donc pas seulement des figures maternantes et compréhensives.
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