Publié par : pintejp | janvier 30, 2014

Les confidences du patron de la cyberguerre en France

Depuis 2008, le gouvernement français a lancé un programme d’armement informatique, afin de mieux répondre aux menaces « cyber », de plus en plus pressantes. Si les livres blancs de la Défense de 2008 et de 2013 annoncent bien – au futur – la création d’armes offensives, l’Etat avait du mal à évoquer ces sujets.
Mais au Forum international de la cybersécurité, qui s’est tenu les 21 et 22 janvier 2014 à Lille, nous avons pu interroger le contre-amiral Arnaud Coustillière. Il est l’officier général responsable de la cyberdéfense au ministère de la Défense, un poste créé en 2011. Quel est son rôle ? Quelles sont les armes informatiques françaises ? Peut-on imaginer une dissuasion cyber sur le modèle de l’arme nucléaire ? Rencontre, en deux parties (la seconde partie sera publiée jeudi matin), avec « le » monsieur cyberguerre en France.
Le Point.fr : Quel est votre rôle au sein de la cyberdéfense française ? Arnaud Coustillière : J’ai deux responsabilités : d’une part, je dois coordonner le renforcement des armées dans le domaine cyber.
D’autre part, j’appartiens à la partie opérationnelle, pour défendre le système d’information du ministère de la Défense, et mener des cyberopérations en soutien des opérations militaires.
Le pacte Défense Cyber, annoncé par Jean-Yves Le Drian pour mobiliser l’ensemble du ministère, montre à quel point c’est une très haute priorité.»

[…]

Si la cyberdéfense est parfaitement assumée, le développement et l’utilisation d’armes informatiques offensives sont peu assumés en France. Pourquoi ?
Les armes offensives sont très clairement présentes dans le livre blanc de la Défense de 2008. Dans celui de 2013, l’on parle de capacités tant défensives qu’offensives. Donc, l’État assume ce choix. Mais il ne faut pas faire de fantasme derrière l’arme offensive ! L’arme offensive est simplement une technique, qui demande un certain savoir-faire. Après, tout dépend de la structure dans laquelle nous allons l’employer. Pour être clair, le cadre d’action des services de renseignement n’est pas le cadre d’action des forces armées en uniforme. Quand nous engageons des forces armées en uniforme, cela se fait en général dans le cadre d’une résolution de l’ONU. Quand nous avons le droit de tirer des missiles, de faire usage du feu, si nous pouvons obtenir l’effet souhaité avec une arme informatique, c’est mieux. Par exemple, si nous pouvons neutraliser des radars avec l’arme informatique plutôt qu’avec un missile, c’est mieux. Tout cela est parfaitement compatible avec le droit des
conflits armés, avec le droit d’intervention humanitaire, et nous avons eu des discussions avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) : ils ne sont pas choqués par ces choix.
Quel est le principal défi de la cyberguerre offensive ?
Le plus compliqué n’est pas de faire un exploit technique, c’est de le faire à l’endroit voulu, à l’instant voulu, avec le résultat voulu, et de garantir l’effet au décisionnaire : le politique.
La France a-t-elle défini une doctrine d’emploi de ces armes informatiques offensives ?
»…

http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/guerric-poncet/entretien-les-confidences-du-patron-de-la-cyberguerre-en-france-29-01-2014-1785478_506.php?google_editors_picks=true


Laisser un commentaire

Catégories