«L’Otan aime les hackers, elle en veut aussi bien dans l’armée que dans les industries de sécurité. Pour autant, ce cri d’amour n’est pas totalement désintéressé. Eh oui, en 2013, les nouvelles guerres se font sur le web.
Et qui de mieux qu’un spécialiste pour assurer les défenses ? Pourquoi les Etats ont besoin des hackers ? Explications de Stéphane Leroy, chercheur sur le cyberespace. Cyberattaques, cybercrimes, logiciels malveillants… Depuis quelques années, internet est devenu un champ de bataille où se multiplient les actes de sabotage ou d’espionnage.
Face à la menace, l’action publique seule est souvent démunie. Pour y répondre, les Etats courtisent désormais les communautés de hackers afin de les sensibiliser aux intérêts nationaux… non sans difficulté. Courtiser les « White Hats » Les conférences Black Hat et DefCon n’auront jamais autant marqué les esprits.
La raison en est double : la mort dans des conditions inexpliquées d’un pirate informatique de génie (Barnaby Jack) quelques jours avant les événements et les révélations de l’affaire Snowden.
Et malgré ses trésors de diplomatie, le directeur de la NSA, le général Keith Alexander, s’est fait proprement huer par la foule des hackers présents.»
[…]
«Le grand défi : renforcer le lien hacker-nation
La question des intérêts nationaux est une notion trouble qui n’a jamais véritablement fait l’unanimité dans la société civile, parfois à raison. Elle a cependant su prendre des formes novatrices et bienvenues (le patriotisme économique en est un avatar). L’enjeu pour les gouvernements du monde est désormais de convaincre les hackers de leur bord, de naviguer à leurs côtés.
La tâche est loin d’être aisée : historiquement et originellement, internet fut créé apatride et universel. De sorte que les pirates conservent une certaine forme d’indépendance et ne peuvent être considérés comme des affiliés afin d’éviter les impairs. D’autant que de précédentes tentatives de téléguidage par les services de renseignement ont déjà refroidi les relations entre État et hackers. À contrario, il est impensable de laisser à un tiers totalement indépendant l’accès et la gestion des dossiers les plus sensibles. D’où la nécessité d’une politique reposant sur deux piliers : le ralliement des pirates par l’éthique et la formation (ou la spécialisation) de policiers ou de militaires aux techniques de piratage avancées.
En avançant sur ces deux béquilles, les pouvoirs publics pourront enfin résoudre l’équation du pirate citoyen et relever le défi de la cyber-sécurité de notre siècle. Une initiative que la France prend au sérieux avec la mise en place de la chaire Castex qui n’en est, pour l’instant, qu’à ses balbutiements.
»…
Laisser un commentaire