Publié par : pintejp | septembre 3, 2012

Quand le secret défense suscite les doutes

Dans un livre consacré à l’affaire des frégates de Taïwan, où la France a versé plus de cinq cents millions de dollars de commissions, dont une partie serait ensuite revenue dans les caisses de partis politiques français, l’ancien juge Thierry Jean-Pierre soulève une intéressante réflexion sur une exception finalement très française qui consiste à s’abriter derrière le secret défense pour dissimuler ce qu’il est convenu d’appeler une grossière affaire de corruption à la française :
« Si l’on accepte un instant de comparer notre vieille démocratie à la très jeune Taïwan, où la loi martiale n’est levée que depuis peu, la honte me saisit. Car la petite Chine n’a pas hésité, elle, à employer les mots qui font mal, à dire la corruption de sa Navy, la corruption de son personnel politique, la corruption de ses institutions. Elle tremble depuis dans la tempête du scandale, subit un véritable séisme, se remodèle, change de visage, mais sortira peut-être grandie de l’épreuve. En France, nous nous drapons avec une dignité un peu usée dans le vaste voile du secret défense, qui nous sied comme un rideau poussiéreux à une tragédienne vieillissante et trop fardée. »
Qu’attendons-nous pour changer de costume, pour crever l’abcès ? Le secret défense, souvent injustifié, est une machine à fantasmes. Et la raison d’Etat, un concept tendancieux qui autorise tous les mensonges, toutes les manipulations, quitte à creuser un peu plus encore la confiance entre les citoyens et leurs dirigeants.
La révélation des turpitudes du pouvoir casse le rapport de confiance et de déférence nécessaire au fonctionnement équilibré d’une société démocratique. Elle plonge les citoyens dans un profond désarroi qui s’exprime par le renoncement, la révolte ou la paranoïa. Le nouveau conspirationnisme est l’une des manifestations les plus criantes des dérives du pouvoir.
On peut continuer à traiter avec mépris tous ces « illuminés qui voient des complots partout ». On peut aussi, plus efficacement, exiger des hommes et des femmes de pouvoir un plus grand devoir d’exemplarité, de vérité. Bref, rêver d’une démocratie qui renoue avec ses valeurs, sans abus excessif du secret défense ou de la raison d’Etat, dans le respect de la parole donnée.
»…

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/618124-livre-sur-la-mort-de-ben-laden-le-secret-defense-une-machine-a-fantasmes.html


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