Publié par : pintejp | janvier 17, 2012

De quoi l’intelligence economique est-elle le nom ?

«Depuis deux ans, la justice jette une lumière crue sur le jeu de certaines officines d’intelligence économique au service de grandes entreprises. Areva à son tour s’englue dans une sombre affaire d’espionnage.
Début décembre, l’ex-patronne du groupe nucléaire, Anne Lauvergeon a reçu anonymement un rapport rédigé par un cabinet d’intelligence économique « Alp Services » et mentionnant des « recherches » sur son mari Olivier Fric lors du rachat de la société minière UraMin.
Anne Lauvergeon soupçonne Areva d’avoir commandité cette enquête. L’ancienne patronne d’Areva et son mari ont décidé de porter plainte. La justice va devoir répondre aux multiples questions qui se posent : qui a commandité ces rapports chez Areva ? Pourquoi ? Comment ont-ils été payés ? Ce ne sera pas la première fois que les juges auront à se pencher sur les méthodes et les ambiguités de « l’intelligence économique ». Depuis deux ans, la justice jette une lumière crue sur le jeu de ces officines plus ou moins occultes au service de grandes entreprises qui continuent à faire comme ces singes chinois, qui ne voient, n’entendent et ne disent rien.
Mais enregistrent l’information. En décembre dernier EDF s’est vu lourdement condamné à 1,5 million d’euros d’amende. Le tribunal de Nanterre a reconnu le groupe électrique coupable d’espionnage envers Yannick Jadot, ancien porte-parole de Greenpeace.
Certaines entreprises vont devoir apprendre vite à contrôler leurs contrôleurs internes et ne plus faire une confiance aveugle dans leur service de sécurité si elles ne veulent pas tomber du côté obscure de la force économique et salir durablement leur image.
Lors du procès EDF-Greenpeace, le magistrat du parquet Benjamin Blanchet a prévenu : « votre devoir, a-t-il dit au tribunal, est de dire à tous ceux qui gravitent autour de la nébuleuse de l’intelligence économique que l’état de droit ne saurait tolérer l’usage de procédés qui, outre le fait de la blesser, instillent de manière sournoise dans l’esprit collectif qu’en dehors de l’action régulière des pouvoirs publics, il existe des groupes d’individus formant des officines privées et maitrisant des procédés d’investigation que seule la police républicaine est normalement en droit d’utiliser et ce, dans le seul dessein de satisfaire des intérêts privés ». Avant EDF, en début d’année, Renault a été prise dans la tourmente d’une fausse affaire d’espionnage qui a ébranlé le groupe.
Trois cadres soupçonnés d’espionnage ont été licencié avec pertes et fracas. La direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) a mis à peine trois mois pour démonter la lourde plainte déposée le 13 janvier 2011 par les dirigeants du constructeur automobile pour des « faits constitutifs d’espionnage industriel, de corruption, d’abus de confiance, de vol et de recel, commis en bande organisée ». Patrick Pelata, l’ancien n°2 y laissera sa place.
Les trois cadres étaient innocents mais là encore, les policier ont découvert des « officines » qui ont enquêté pendant un an sans que jamais aucune police ne soit saisie ou informée de ce qui était supposé être une affaire grave d’espionnage de Renault, entreprise dont l’Etat est actionnaire.
L’ancien chef de la sécurité du constructeur automobile a été mis en examen. Autre affaire, en septembre, cinq personnes, dont l’ex-directeur des moyens généraux de Canal +, Gilles Kaehlin, ainsi que la société étaient renvoyées pour violation ou complicité de violation de la vie privée, violation ou recel du secret des correspondances et du secret professionnel.
Les professionnels de l’intelligence économique, piqués au vifs sont montés au créneau : « il faut arrêter d’utiliser le terme « d’intelligence économique » pour qualifier de dérapages et des manoeuvres « tordues » de quelques entreprises et consultants », écrit Claude Revel, directrice du centre Global Intelligence and Influence de Skema Business School dans Le Monde du 14 novembre.
Mais aujourd’hui l’intelligence économique pâtit des mauvaises pratiques. « La combinaison des nouvelles techniques de surveillance et une logique paranoiaque et sécuritaire de la part de certaines entreprises ne peut que conduire à ce cocktail explosif » confie l’avocat William Bourdon.»…

http://blogs.lesechos.fr/echos-de-pretoire/de-quoi-l-intelligence-economique-est-elle-le-nom-a8549.html


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